Histoire de la musique tchèque

À travers son histoire, la musique tchèque peut être considérée comme ayant apporté une large contribution au monde de la musique en Europe et dans le monde. Le présent aperçu se concentre en particulier sur les moments où la musique tchèque a joué un rôle important – voire décisif – dans l’avènement d’une nouvelle période de l’art musical.

Parmi les premières grandes œuvres de la musique tchèque figurent deux pièces de chant choral qui à leur époque étaient utilisées comme hymnes : « Hospodine, pomiluj ny » (« Seigneur, prends pitié de nous », vers l’an 1050) et « Svatý Václave » (« Saint-Venceslas », vers 1250).

Au 13e siècle, alors que l’État prémyslide (la dynastie prémyslide étant la première dynastie en Bohême) jouait déjà un rôle fondamental dans la politique européenne, s’est déroulée la première manifestation musicale significative ayant attiré l’attention de l’Europe toute entière : le roi Venceslas II a en effet organisé à Prague un tournoi musical, une compétition à laquelle il a invité les plus grands ménestrels (trouvères et troubadours) d’Europe. À Prague s’est ainsi déroulé ce qui devait devenir sept cents ans plus tard le festival Pražské jaro (le Printemps de Prague). Contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, le roi a même participé en personne aux épreuves, et cela en qualité de ménestrel.

La Bohême, centre culturel de l’Europe

Peu après, avec l’intronisation du premier monarque de la deuxième dynastie, Jean de Luxembourg, est arrivé en Bohême, comme secrétaire du roi, le célèbre compositeur Guillaume de Machaut qui a amené avec lui l’influence de l’Ars antiqua et de l’Ars nova culminant déjà en France. Prague est par ailleurs peu de temps après devenue l’un des centres politiques et culturels de l’Europe : le fils de Jean de Luxembourg, Charles, a en effet été couronné non seulement roi de Bohême, mais aussi roi des Romains puis finalement empereur romain germanique. Il est ainsi devenu la deuxième personnalité la plus influente de la scène politique européenne, après le pape de Rome. Charles IV était en outre l’un des souverains du Moyen-Âge les plus instruits, et dans la mesure où il avait été éduqué en France, la création musicale de Bohême s’est trouvée largement influencée par les tendances françaises.

Il convient de mentionner ici un autre fait important : alors que la Prague de Charles IV se trouvait en pleine période gothique, l’empereur en personne a initié une correspondance écrite avec des personnalités de la pré-Renaissance italienne ; il correspondait par exemple avec Pétrarque. Il est clair que la grande musique résonnait à la cour de l’empereur comme un noble complément apporté aux remarquables créations artistiques et architecturales. En 1348, Charles IV a fondé l’Université de Prague où la chaire de musicologie a existé dès le début. À la fin du règne de Charles IV ont commencé à s’infiltrer les idées portées par John Wyclif et les enivrantes prédications de Konrad Waldhauser, de Matthieu de Janov et de Jan Milíč de Kroměříž, qui ont ainsi posé les bases de la Réforme européenne, sachant qu’en Bohême ce sont principalement Jan Hus, Jérôme de Prague et l’Université de Prague qui ont contribué à la diffusion de cette doctrine.

Après la mort de Jan Hus sur le bûcher en 1415 est apparu le fort mouvement hussite. Les chants pré-hussites et hussites religieux et guerriers (dont le plus célèbre « Ktož sú Boží bojovníci » - « Vous qui êtes les combattants de Dieu » - s’inscrivait dans le même esprit que la toute récente Marseillaise et avait le même effet sur les foules) sont devenus les prédécesseurs d’une nouvelle forme musicale, le
« choral protestant ». C’est Jean Sébastien Bach qui, plus tard, a mené le choral à son apogée.

L’Orchestre impérial

Les pays tchèques ne sont pas non plus restés pas en marge des évolutions pendant la Renaissance. Prague s’est en effet à nouveau trouvé être sous le règne de Rodolphe II (16e – 17e siècles) l’un des endroits en Europe où des choses se passaient (à côté de la « Rome des papes de la Renaissance » et de l’« Angleterre élisabéthaine »). Pour la deuxième fois un empereur romain germanique a choisi Prague pour s’y établir. Par ailleurs l’éclairé Rodolphe II de Habsbourg soutenait passionnément le développement des arts et des sciences. Il a donc invité à Prague les plus grands savants et artistes (en autres Tycho Brahe, Johannes Kepler, Jan Jesenius ou Philippe da Monte) et a laissé derrière lui une très large collection d’objets d’art (désormais partagée entre Stockholm et Prague).

Dans le domaine de la musique, Rodolphe II de Habsbourg a créé « l’Orchestre impérial », un phénomène unique en son temps : il a en effet, pour ce faire, fait rechercher à travers tout le pays de jeunes talents même issus des familles les plus pauvres, il a fait en sorte qu’ils soient formés et que leur talent soit développé et après leurs années de service leur a assuré le versement d’une retraite, fait exceptionnel à l’époque. Cet orchestre a ensuite commencé à servir de modèle aux plus grands aristocrates du Royaume de Bohême.

À l’apogée de cette période fascinante a éclaté à Prague, en 1618, la guerre de Trente ans , faisant suite à l’insurrection des États évangéliques contre les Habsbourgs. Cette guerre a coûté aux pays tchèques la moitié de leur population. Sur le plan musical, le pré-baroque annonçait toutefois déjà son entrée, avec des compositeurs tchèques qui sont à nouveau devenus les protagonistes de la culture européenne : d’abord Adam Michna d’Otradovice et Pavel Vejvanovský, suivis des artistes du haut-baroque Jan Dismas Zelenka et Bohuslav Matěj Černohorský.

La Prague de Mozart

Dans un contexte de déclin politique, national et économique, les Tchèques ont cherché la consolation précisément dans la musique et comme les maîtres de chœur des petites églises de campagne n’étaient pas très formés et qu’ils s’adressaient à un public de petites gens (le voyageur anglais Charles Burney a qualifié les pays tchèques de « conservatoire de l’Europe »), un nouveau genre musical accessible à tous est apparu en pleine période baroque : le classicisme européen.

Et c’est précisément à Prague et dans les pays tchèques que Wolfgang Amadeus Mozart a réellement acquis le prestige, la reconnaissance et la gloire. Les pays tchèques ont représenté pour lui un havre où il était compris et admiré et sa phrase
« Mes Pragois me comprennent » est devenue célèbre. Mozart a dirigé à Prague, au Théâtre des États, les opéras les Noces de Figaro et Don Giovanni et les États de Bohême lui ont demandé, en vue du couronnement de Léopold II d’Autriche, de composer l’opéra « La Clemenza di Tito ». Les nobles tchèques se faisaient passer le compositeur de maison en maison et de bal en bal, alors que les petites gens sifflaient les airs des Noces de Figaro, qui étaient même joués sous forme simplifiée dans les auberges. Le nouveau genre musical des œuvres de Mozart a littéralement époustoufla tout le pays, et cela en particulier grâce au fait que les compositions de ses précurseurs Josef Mysliveček et František Xaver Brixi lui avaient ouvert la voie. Seulement une semaine après que Mozart ait été jeté à Vienne dans la fosse commune d’un cimetière dont on ignore l’emplacement, a été interprété dans l’église Saint-Nicolas de Malá Strana à Prague en hommage au compositeur, le Requiem de Mozart.

Mozart n’est pas le seul compositeur à s’être senti proche de la Bohême. Vers la fin de la période classique s’est ainsi également rendu dans le pays le compositeur Beethoven qui a séjourné à Prague, dans les stations thermales de la Bohême de l’Ouest ainsi que dans les villes de Teplice et de Hradec nad Moravicí.

Immédiatement après, l’Europe a succombé à la mode romantique, le chef d’orchestre Carl Maria von Weber s’est produit à Prague au Théâtre des États, Frédéric Chopin a parcouru le pays, et y ont séjourné à plusieurs reprises Franz Liszt, qui y a donné des concerts en 1840 et en 1846, Hector Berlioz, puis plus tard Piotr Ilitch Tchaïkovski de même que Robert Schumann et Clara Schumann, c’est-à-dire l’élite de la musique en Europe.

Smetana et Dvořák

Le « Réveil national tchèque », au cours du 19e siècle a donné naissance, comme au sein des autres nations, à ce qu’on appelle la « musique nationale ». C’est Bedřich Smetana qui est considéré comme étant le fondateur de la musique nationale tchèque, qu’il a très tôt su élever à un niveau mondial. Avec son ami Liszt, qui avait attiré l’attention sur le génie de Smetana, ce dernier a créé une nouvelle forme musicale, le poème symphonique. Dans ses opéras, Smetana rivalisait d’égal à égal avec Richard Wagner et nous a légué une vaste panoplie d’œuvres pour piano et de musique de chambre inspirées de sujets tchèques et étrangers (dont par exemple Shakespeare).

Peu après a succédé à Smetana au firmament des compositeurs tchèques le compositeur Antonín Dvořák, protégé de Johannes Brahms, et rendu finalement célèbre par ses compositions de musique religieuse. Il a plus tard dirigé à Londres l’interprétation d’un concert de telles œuvres, et c’est précisément à cette occasion qu’il s’est vu proposer le poste de directeur du Conservatoire national de New York. Le compositeur s’est par ailleurs vu décerner le doctorat d’honneur de Cambridge. Antonín Dvořák est l’auteur d’un grand nombre d’œuvres vocales et symphoniques ainsi que de poèmes musicaux, pièces de musique de chambre et opéras, et a en outre formé les grands compositeurs que sont Josef Suk et Vítězslav Novák.

Entre temps, la musique tchèque a naturellement commencé à s’inspirer des influences nouvelles amenées par l’impressionnisme, mais aussi l’art nouveau, le décadentisme et le symbolisme (Suk, Novák de même que Zdeněk Fibich, créateur de la forme musicale qu’est le « mélodrame scénique »).

Parmi les grands noms de la musique du début du 20e siècle figure encore celui de Josef Bohuslav Foerster, compositeur d’opéras, de chants, de pièces de musique de chambre et de symphonies, invité en 1918, au moment de la création de la République tchécoslovaque, à abandonner son travail à Hambourg pour endosser les fonctions de recteur du Conservatoire de Prague et de président de l’Académie tchécoslovaque des sciences.

Janáček et Martinů

Pour terminer citons deux noms qui ont également fait le tour du monde : Leoš Janáček et Bohuslav Martinů, les compositeurs tchèques les plus joués de nos jours. Janáček a bâti par sa musique un monde de sonorités tout à fait nouvelles frôlant parfois l’irréel (Messe glagolitique). Martinů était quant à lui un personnage qui, par la variété thématique et la diversité formelle de ses compositions, semblait directement imprégné par la Renaissance.

Outre ces grands noms, la musique moderne tchèque également a rendus célèbres des dizaines de compositeurs excellents, par exemple les frères Hába, avec leur musique utilisant le système des quarts de ton, Iša Krejčí, auteur de compositions d’un néoclassicisme pur alors qu’il ne connaissait pas encore la deuxième période créatrice d’Igor Fiodorovitch Stravinski, ou encore Ervín Schullhof et ses confrères, tragiquement disparus au cours de la Seconde guerre mondiale dans le ghetto de Terezín où, malgré toutes les horreurs perpétrées, ils ont continué à composer et à donner des concerts.

Le jazz pragois

Alors que le groupe parisien des Six a échoué aux environs de l’année 1918 dans son projet de créer une musique que l’on puisse habiter comme une maison et faite sur mesure, comme le précisent les manifestes de ce groupe inspiré par Jean Cocteau et Erik Satie, le compositeur pragois, Jaroslav Ježek, a lui en revanche réussi à accomplir cette tâche en 1928 et cela avec grand succès.

Ce compositeur renommé et d’une grande érudition, dont les compositions de musique classique restent encore relativement incomprises et ne sont pas appréciées à leur juste valeur, a en effet su créer une musique de jazz et de variété pour les pièces du Théâtre libéré de Prague qui sont encore jouées quatre-vingts ans plus tard sans avoir perdu de leur fraîcheur et de leur vitalité. C’est donc à juste titre qu’elle occupe une position privilégiée dans le patrimoine musical tchèque. Les pièces du Théâtre libéré, réputées pour leur humour brillant, leurs sketches et leurs numéros de danse, sont peu à peu devenues dans les années 1930 un puissant instrument d’opposition contre le fascisme montant. Au moment où ont de plus été écrites les plus grandes œuvres de Karel Čapek le théâtre a donc finalement, suite aux protestations répétées de l’ambassade d’Allemagne dû être fermé. Jaroslav Ježek s’est exilé au dernier moment avec les protagonistes du théâtre aux États-Unis où il a juste eu le temps de remporter un concours de musique avec sa sonate pour piano. Il est en effet décédé le 1er janvier 1942.

Le pays a dû attendre le relâchement des années 1960 lié à l’affaiblissement de l’étreinte communiste pour que la musique tchèque reprenne alors un nouvel élan. Au cours de la seconde moitié du 20e siècle également, elle a su renouer rapidement avec les tendances de la musique mondiale. Bien des compositeurs se sont remis à la musique religieuse, d’autant plus qu’elle avait longtemps été censurée (Jan Hanuš, Petr Eben).

Le rayonnement international de la musique tchèque se traduit notamment par la présence d’un nombre exceptionnel de remarquables ensembles et solistes tchèques de diverses tendances sur les scènes mondiales. Ont acquis une renommée internationale les quatuors à cordes (le quatuor Vlach et le quatuor Smetana) ou encore le trio Suk dont les musiciens interprètent tout leur répertoire de mémoire, l’Orchestre de chambre de Prague sans chef d’orchestre ou l’ensemble de musique de chambre Warchal. L’orchestre philharmonique tchèque avec son chœur philharmonique et ses illustres solistes (Ivan Moravec, Jan Panenka), quant à lui, se produit dans le monde entier.

Le festival Pražské jaro (le « Printemps de Prague »)

Depuis sa création en 1946, le festival musical du Printemps de Prague attire régulièrement les plus grands solistes du monde (S. Richter, A. B. Michelangeli, L. Berman, F.. Gulda, E. Schwarzkopf, M. Freni, P. Robeson, L. Armstrong, I. Oïstrakh, M. Rostropovitch, Y. Menuhin, A. Rubinstein) ainsi que de grands ensembles instrumentaux accompagnés de leur chef d’orchestre. Le Théâtre national et l’Opéra national participent également au festival. Se produisent en outre Laterna Magica, le Théâtre noir ou le Ballet de chambre rendus célèbres par leurs tournées triomphales à l’étranger, et se produisent Pavel Šporcl, Magdalena Kožená ou Dagmar Pecková.

Au niveau national se produisent des ensembles de musique ancienne ; il s’agissait au début d’ensembles interprétant de la musique baroque, puis de la musique de l’époque Renaissance, gothique et finalement d’ensembles pratiquant le chant grégorien. Nombre d’entre eux se produisent en costumes d’époque. Partent également en tournée à travers le monde des groupes folkloriques des régions les plus diverses. Parallèlement, la musique tchèque est représentée à l’étranger (essentiellement aux États-Unis, en Suède et en Suisse) par des musiciens exilés tels Rafael Kubelík et Rudolf Firkušný.

La création et l’interprétation musicales tchèques sont tout particulièrement appréciées au Japon. Il convient en outre de mentionner le niveau de l’enseignement de la musique en République tchèque, parmi les plus élevés au monde. Ses années glorieuses ont commencé juste après la Seconde guerre mondiale, nonobstant le régime totalitaire qui, il faut l’avouer, a fortement investi dans l’enseignement de la musique, sûrement en partie à des fins de propagande. Dès 1946, a été créée une nouvelle institution, l’École nationale supérieure des arts, conçue pour constituer un niveau supérieur du Conservatoire de Prague déjà renommé. D’autres institutions musicales ont été créées dans les villes de Brno, Bratislava, Plzeň (Pilsen), Teplice, Pardubice, Ostrava, Kroměříž et České Budějovice.

La musique moderne du 20e siècle

Les chanteurs de chansons à texte qui réagissent en permanence à l’actualité de la société et étaient, sous le régime socialiste, les portes-parole officieux du publics, sont aujourd’hui indissociables du paysage musical tchèque. Les plus célèbres d’entre eux sont sans doute Jaromír Nohavica et Karel Kryl, aujourd’hui disparu. Karel Gott et Helena Vondráčková sont des exemples d’artistes de musique populaire ayant débuté avant la révolution de 1989 et qui ont su garder une place privilégiée sur la scène tchèque. Le monde tchèque de la musique compte également de grands groupes de World music, qui s’inspirent du folklore tchèque et le remettent au goût du jour. Le groupe Čechomor ou la chanteuse d’origine Rom célèbre en Europe Věra Bílá font partie des plus célèbres. Les autres genres musicaux ne restent néanmoins pas à l’écart : la musique tchèque dispose ainsi d’une scène rock, jazz, hip-hop et dance. La réputation internationale de la République tchèque doit par ailleurs beaucoup aux cantatrices que sont Magdalena Kožená et Eva Urbanová. Enfin, la chanteuse tchèque Markéta Irglová a remporté en 2008 avec l’Irlandais Glen Hansard l’Oscar de la meilleure musique de film pour leur chanson du film « Once ».

Dernière mise à jour : 16.8.2011 16:01

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