Les défis de la présidence tchèque – les « 2G », la crise financière, le partenariat oriental

Quel est le mode d’emploi des Tchèques pour la résolution du conflit dans la Bande de Gaza ? Que faire pour que les interruptions des livraisons en gaz naturel vers l’UE ne se reproduisent pas ?

Le premier ministre tchèque et président du Conseil européen, Mirek Topolánek, répond aux questions les plus fréquemment posées par les médias.

1. La présidence tchèque a été confrontée, littéralement dès les premières heures, aux combats israélo-palestiniens dans la Bande de Gaza. Quel est le mode d’emploi des Tchèques pour la résolution de ce conflit ?

Je crains qu’aucune force extérieure ne puisse contribuer à résoudre en six mois le conflit qui dure depuis soixante ans dans la Bande de Gaza, et la présidence tchèque elle non plus n’a pas une telle ambition.

Les expériences des organisations internationales et des différents pays, quelle que soit leur composition ou leur taille, montrent que l’Union européenne ne peut contribuer que de façon limitée au maintien du fragile cessez-le-feu entre Palestiniens et Israéliens. Il faut surtout que les deux parties au conflit s’entendent sur la paix des armes – sans attaques de missiles de la part des groupes islamistes militants sur Israël et sans opérations militaires de représailles de la part de celui-ci, alors l’Union européenne pourra aider au développement économique de la région. Sur le long terme elle est son plus grand contributeur, mais il est clair que d’autres acteurs internationaux doivent coopérer avec les pays du Proche-Orient à la stabilisation, par exemple les États-Unis, les organisations internationales tel le groupe du G8 ou encore les États de la Ligue arabe.

C’est avec cette mission que les délégations diplomatiques conjointes de la présidence tchèque et de la Commission européenne se rendent au Proche-orient, et nous nous efforçons de faire en sorte que la continuité soit assurée par la prochaine présidence, la présidence suédoise.

2. L’Union européenne fait face, du fait du conflit russo-ukrainien, à des interruptions des livraisons en gaz naturel. Que fait la présidence tchèque pour que ces livraisons reprennent à plein régime et que la situation ne se reproduise pas ?

Les premières semaines de notre présidence ont montré à toute l’Europe que la question de la sécurité énergétique, l’une de nos priorités, ne se traite pas « à midi moins cinq », mais « à midi cinq ». En étant cynique, nous pourrions dire que pour souligner l’importance de nos priorités nous n’aurions pu souhaiter mieux que l’interruption des livraisons du gaz russe transitant par l’Ukraine, mais les impacts se sont révélés littéralement accablants dans certains pays.

Il est presque incroyable à quel point l’une des économies les plus solides du monde est vulnérable, à quel point elle peut être affectée par un conflit commercial bilatéral opposant deux partenaires fournisseurs qui, du fait de leur conflit, cessent de respecter leurs engagements à son égard. La crise prouve avec douleur que l’Union européenne doit connecter de façon plus efficace ses réseaux énergétiques intérieurs et construire des couloirs d’approvisionnement alternatifs pour les matières premières énergétiques. Dans ce sens, je définis l’indépendance comme une indépendance à l’égard des sources et du transit, et la plupart des États-membres la comprennent de la même façon.

Le prix de cette découverte est très élevé : je ne parle pas que des pertes économiques, qui dans les pays telle la Slovaquie ont le caractère d’une catastrophe économique, mais aussi de l’affaiblissement de la crédibilité de la Russie et de l’Ukraine en tant que pays partenaires. Leur réputation ne se remettra de la crise que beaucoup plus lentement et difficilement que les livraisons de gaz elles-mêmes, ce qui est un argument sur lequel nous insistons lors des négociations, tout comme nous soulignons qu’il est indispensable de respecter les accords internationaux.

3. La République tchèque est le premier pays assurant la présidence de l’UE a avoir de lourdes expériences avec l’Union soviétique d’antan. Cela se reflète-t-il d’une façon ou d’une autre sur ses relations avec la Russie ?

La Russie est un partenaire indiscutable de l’Union européenne tant politiquement qu’économiquement. Le fait que la présidence tchèque considère comme fondamental le lien transatlantique et met l’accent sur l’établissement des meilleures relations possibles avec la nouvelle administration américaine ne signifie pas que nous nous limitons négativement à l’égard de la Russie.

Je donne un exemple : il y a peu, j’ai discuté par téléphone avec le président américain, George W. Bush, pendant la réunion de plus de cinq heures que j’ai eue avec le premier ministre russe, Vladimir Poutine. Je leur ai personnellement transmis leurs salutations réciproques pour ensuite en revenir aux négociations portant sur la reprise des livraisons du gaz russe vers l’Union européenne.

Ce que je veux dire par là, c’est que nous pouvons avoir des avis différents sur beaucoup de choses, par exemple sur le système américain de défense anti-missile en Europe, mais cela ne réduit pas la signification de notre coopération avec Moscou dans d’autres domaines. La République tchèque a à l’ordre du jour de sa présidence le sommet de la Troïka avec la Russie et il est clair qu’elle discutera avec elle également du « partenariat oriental » dans le cadre duquel elle souhaite renforcer ses relations avec les républiques de la région du Caucase et de la Mer caspienne.

4. La Slovaquie a introduit l’euro cette année, en janvier. La République tchèque a disposé du même temps pour adopter la monnaie unique mais ne l’a pas fait ; n’est-ce pas un désavantage pour le pays assurant la présidence, en particulier eu égard à la résolution de la crise économique mondiale ?

L’introduction de l’euro n’est pas une course – de toutes façons nous ne serions pas arrivés premier ; mais plus sérieusement : il n’y a à l’heure actuelle en République tchèque probablement aucun économiste qui recommanderait d’échanger la couronne tchèque pour l’euro. Pour moi non plus cela n’est pas prioritaire – il est à mes yeux bien plus important de respecter les règles du pacte de stabilité et de remplir les critères de convergence. Cela, nous nous efforçons de le faire et nous évaluons par ailleurs régulièrement le niveau de notre préparation à l’adoption de la monnaie unique. Je considère que fixer une date comme objectif politique sans considération de la situation économique réelle est irresponsable. Je n’exclus pas néanmoins que nous proposions une date possible dès cette année, à l’automne.

Le fait que la République tchèque n’entre pas dans l’eurozone n’affaiblit aucunement notre présidence alors même que nous attendons de nouvelles répercussions de la crise financière mondiale ; nous participerons tant à la réunion de ces pays, tant, par exemple, à la rencontre au sommet du G20. Notre position est connue : nous défendons le respect des règles monétaires fonctionnelles qui ont fait leurs preuves lorsque les temps étaient meilleurs, et nous les protégerons même dans les temps difficiles.

J’ose affirmer que notre expérience de la crise banquière de la fin des années 1990 nous aidera plus, en tant que pays assurant la présidence de l’UE, pour trouver des arguments, que si nous avions introduit l’euro en même temps que la Slovaquie.

5. Au cours de la présidence tchèque vont se dérouler les élections au Parlement européen et immédiatement après devrait également être élu le nouveau président de la Commission européenne. Vous efforcerez-vous d’influencer d’une façon ou d’une autre cette élection ?

Les élections au Parlement européen signifient avant tout pour la présidence tchèque qu’elle doit prendre en considération le fait que la durée allouée aux débats et à l’adoption des textes européens est réduite. Nous n’échapperons pas non plus à la campagne électorale des députés européens, cela ressortait du reste de façon claire de certains des discours prononcés lors de la session du Parlement à laquelle j’ai participé en janvier, de même que nous n’échapperons pas aux débats entre les partis politiques et les États-membres de l’Union sur le nouveau président de la Commission européenne. Cela ne doit toutefois pas avoir d’influence sur notre travail. Même s’il est évident que, par exemple, la procédure d’arbitrage qui nous attend du fait du conflit entre le Parlement européen et le Conseil des ministres sur la durée de la semaine de travail sera significativement marquée par l’atmosphère préélectorale.

La présidence tchèque, dans le cadre de ses priorités et étant donné les problèmes actuels, a trop de sujets sérieux à traiter pour perdre du temps à se demander « ce qui se passera quand elle ne sera plus là ». À l’heure actuelle notre coopération avec la Commission européenne se passe très bien et je veux croire que la présidence suédoise elle aussi disposera de conditions favorables, peu importe qui sera le président de la Commission.

Dernière mise à jour : 16.8.2011 15:50

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