Discours du premier ministre Mirek Topolánek à INCOM

Mesdames et Messieurs, chez membres du Gouvernement, Monsieur Paduan, Monsieur Drull, chers invités !

Lorsque l’on dit « Europe », l’un des premiers mots qui me vient à l’esprit, tout de suite après le mot liberté, est le mot « innovation ». La faculté de découvrir, d’inventer, d’arriver avec de nouvelles méthodes de production, plus efficaces et moins coûteuses ; cela, c’est l’Europe. Cette faculté a été pendant un millénaire le principal avantage comparatif d’un continent qui n’abonde pas en termes de taille, de richesse de ses ressources matérielles ou de main-d’œuvre bon marché.

Ce n’est donc vraiment pas un hasard si en période de crise l’Europe en revient à ce qui l’a toujours aidée à réussir, à ce qui a fait d’un continent faible une puissance mondiale leader. Le soutien à l’innovation est lui aussi l’un des piliers de la stratégie de Lisbonne, et je me permets d’observer qu’il est également ma priorité personnelle en tant que premier ministre. C’est pourquoi je suis d’autant plus honoré d’ouvrir ce séminaire, première contribution marquante de la présidence tchèque à l’Année européenne de la créativité et de l’innovation.

Je souhaite toutefois souligner que nous aurions organisé ce séminaire même sans la crise actuelle. Celle-ci ne peut qu’accélérer nos plans, renforcer notre volonté de les mener à bien. Mais même sans elle, il était évident depuis longtemps que l’Europe se devait d’augmenter ses performances en matière d’innovation afin de pouvoir faire face à la concurrence mondiale. Si la crise nous pousse à ne pas tant nous préoccuper au sein de l’UE de l’accessoire et des pseudo-problèmes mais à nous concentrer sur ce qui est vraiment important, alors cela ne fera que vérifier le proverbe tchèque selon lequel « všechno zlé je pro něco dobré » c’est-à dire « un bien pour un mal ».
Pour la majorité d’entre vous, vous êtes des spécialistes sur lesquels pèse la responsabilité de chercher des solutions concrètes, des méthodes concrètes pour augmenter les performances en matière d’innovation. Moi, en tant que premier ministre et président du Conseil européen, je me limite à la formulation de conditions politiques dont la réalisation est indispensable à la réussite.

La condition la plus fondamentale est que l’Europe dans son ensemble apprenne à exploiter son potentiel d’innovation. Il existe des différences significatives entre les différents pays membres, non seulement économiques mais aussi et surtout dans la performance en matière d’innovation, dans l’efficacité de la recherche et dans la mise en pratique des acquis scientifiques. Si nous voulons que le continent dans son ensemble améliore sa compétitivité globale, nous devons considérablement élever le niveau des nouveaux membres.

Un énorme potentiel inexploité sommeille dans les nouveaux pays. Jusqu’à présent, nous nous sommes principalement orientés vers une augmentation rapide du volume et de la qualité de la production industrielle. Depuis la partie occidentale du continent ont afflué vers l’Est essentiellement des ateliers de montage de produits, mais dans une moindre mesure les informations scientifiques et le savoir-faire en recherche.

C’est pourquoi le thème de ce séminaire, dont j’assume l’organisation, est justement l’augmentation du potentiel d’innovation dans les pays en retard, et en particulier dans les nouveaux pays.

Le rythme de croissance économique relativement rapide qu’ont enregistré ces dernières années les nouveaux pays membres ne pourra être maintenu seulement grâce au transfert des technologies connues. En République tchèque par exemple, il est déjà manifeste que cette croissance extensive atteint ses limites. La crise mondiale a accentué la baisse de la croissance et accéléré notre réflexion, mais les raisons primaires se trouvent ailleurs.

Nous devons faire venir l’essentiel de la main-d’œuvre de nos usines de montage, alors que ce type de production va continuer à glisser vers l’Asie et le Pacifique. Parallèlement nous ressentons un manque de travailleurs qualifiés de chez nous, ce qui, pour une nation qui aime se vanter de ses « petites mains tchèques en or », est alarmant. De plus, en période de crise, nous payons les conséquences de notre dépendance à la monoculture de l’industrie automobile. Nous manquons d’une plus grande diversification et de la capacité de réagir aux chocs avec souplesse.

Il est évident que le slogan « une croissance durable grâce aux innovations » n’est pas seulement un lieu commun idéologique mais aussi une nécessité vivement ressentie. Ce n’est que grâce aux innovations que nous serons en mesure à l’avenir de réagir aux transformations de la demande mondiale, de chercher de nouveaux marchés, de proposer des produits que nous ferons valoir dans les périodes non seulement favorables mais aussi moins favorables, et ce en dépit du désavantage que représente une main-d’œuvre plus chère.

C’est pourquoi j’ai défini le soutien aux innovations comme étant ma priorité de premier ministre et lui ai apporté le plus haut soutien politique. Le gouvernement tchèque a préparé et réalise des réformes essentielles dans le domaine de la recherche, des innovations et de la formation tertiaire. Nous voulons soutenir l’initiative individuelle et l’excellence ; donner plus d’espace aux jeunes scientifiques ; supprimer la discrimination et donner à tous une chance égale dans l’accès à la formation comme dans l’accès aux bourses de recherche ; et enfin, mais pas en dernier lieu, motiver les entreprises et les centres de recherche à collaborer.

Il est manifeste que ce qui est un intérêt national tchèque substantiel est aussi l’intérêt de toute l’Europe. En tant que président du Conseil européen, j’entends faire valoir les mêmes principes que ceux que j’applique en tant que premier ministre tchèque, sachant que les approches de base ont été définies par la stratégie de Lisbonne déjà mentionnée. Elles restent malheureusement pour l’essentiel sur le papier et toute une série de questions-clefs n’ont pas encore donné lieu à accord. C’est cela qu’il faut changer.

La devise de la présidence tchèque est « Une Europe sans barrières ». Où ailleurs que dans le domaine de la recherche-développement ces mots devraient-ils être le plus de mise ? Depuis notre adhésion à l’UE, nous nous battons pour que les quatre libertés fondamentales de l’Union soient pleinement appliquées et pour que disparaissent les discriminations existantes entre les anciens et les nouveaux pays. La libre circulation des personnes, des marchandises, des travailleurs et des services doit permettre à tous de profiter de façon égale des avantages du marché commun, permettre un accès égal aux richesses de notre époque. Mais nous, nous avons encore besoin d’une cinquième liberté : la libre circulation des connaissances. C’est elle qui nous permettra d’augmenter et d’exploiter ensemble la richesse de l’avenir.

On parle beaucoup de cette cinquième liberté, mais la réalité est différente. Pas une seule des grandes infrastructures de recherche dépassant le cadre d’un État ne se trouve dans un nouveau pays ; nous avons également besoin d’avancer dans la construction de l’espace européen de la recherche commun ; il n’existe pas d’évaluation des résultats de la recherche européenne commune, et ce alors même que l’obligation de réaliser une telle étude est ancrée dans le traité fondamental des Communautés européennes ; et enfin une chose qui nous chagrine vraiment, c’est le soutien aux carrières des jeunes travailleurs scientifiques.

Nous voulons nous concentrer sur ces quatre problèmes durant notre présidence. Ainsi que je l’ai dit en introduction, un énorme potentiel inexploité sommeille dans les nouveaux pays membres. C’est pourquoi j’ai demandé à des spécialistes d’étudier divers aspects du potentiel d’innovation des nouveaux pays membres afin que nous puissions, à l’échelle européenne, formuler les politiques adaptées.

Comment parvenir à transformer les nouvelles économies en une production avec une valeur ajoutée supérieure ? Comment assurer le passage à une économie de la connaissance ? Comment remplacer, je dirais « les ateliers de montage » par des « ateliers de cerveaux » ? Nous nous posons souvent ces questions. Nous n’en avons pas les réponses et nous avons beaucoup de peine à les trouver.

L’UE englobe d’une part des États qui font partie des économies les plus développées au monde, et d’autre part des pays qui se débarrasser à peine de leur héritage communiste. Malheureusement, les politiques européennes pour le soutien à la science, à la recherche et à l’innovation ne font pas vraiment attention aux nouveaux pays. Elles ont été établies avant le grand élargissement de 2004. L’agenda de Lisbonne de 2000 ne fait pas exception. Il a certes été révisé mais sans prendre suffisamment en considération les besoins des nouveaux membres.

Conséquence de tout cela, les modèles qui ont fait leurs preuves dans les pays avancés – avec leurs traditions du management de l’innovation et leurs principes de financement partagé appliqués pendant des années – ne fonctionnent pas dans les nouveaux pays.

De tous les aspects de cette problématique, j’en citerai ci deux qui sont très révélateurs. Le premier d’entre eux est la capacité des entreprises à être des leaders de l’innovation.

Cette capacité dépend non seulement de la qualité du management mais aussi des possibilités des politiques proposées et de la force de l’environnement innovateur. En République tchèque aujourd’hui, seules peu d’entreprises peuvent se permettre de mener réellement leur propre recherche, sans parler du soutien à la recherche universitaire. Pour l’écrasante majorité des autres entreprises, il est plus intéressant de simplement acheter les brevets et les inventions aux pays dont la performance en matière d’innovation est supérieure. Cette performance peut être comparée à l’allumage d’un laser : ce n’est qu’à partir d’un certain niveau de concentration de connaissances et de moyens que la recherche commence à devenir rentable, et ce plusieurs fois.

L’argent que nous consacrons à la recherche et au développement disparaît en grande partie dans un trou noir et n’apporte pas de résultats concrets. Nous avons besoin de réformes tant au niveau national qu’au niveau européen, qui nous permettront d’utiliser efficacement les moyens engagés, de les concentrer dans des domaines prometteurs et de soutenir la collaboration de la sphère scientifique et du monde de l’entreprise. La formation de groupes de discussion, la connexion des fortes capacités de recherche et d’entreprises appliquant leurs connaissances sont une bonne perspective également pour les nouveaux pays membres. Ce n’est qu’une fois que ces conditions seront remplies que mon slogan préféré sera valable : la science transforme l’argent en connaissances, les innovations transforment les connaissances en argent.

Le deuxième grand problème des nouveaux pays membres est la fuite des cerveaux, non seulement pour des raisons financières mais aussi du fait de meilleures opportunités de faire valoir leur qualification. C’est pourquoi nous avons besoin de soutenir la création de lieux de travail permettant aux jeunes gens talentueux de trouver leur place dans leur pays. C’est pourquoi nous avons besoin d’aplanir les différences dans l’implantation des infrastructures européennes de recherche, d’accélérer la construction de l’espace européen de recherche commun, d’instaurer une analyse des retombées de la coordination de la recherche européenne aux niveaux nationaux et de supprimer les obstacles dans la progression de carrière des jeunes scientifiques. Je rappelle ainsi ici une nouvelle fois les quatre priorités de notre présidence dans le domaine de la recherche-développement.

Je pense que le thème INCOM est essentiel et important pour toute l’UE. L’aplanissement des différences entre les anciens et les nouveaux pays est un test de la solidarité européenne. Et il est aussi avant tout une condition nécessaire à une réussite commune, sachant que dans une optique d’avenir, l’aplanissement des différences dans la performance en matière d’innovation est bien plus important que la question actuellement tant débattue de l’égalisation des subventions agricoles. Dans le domaine de la science et de la recherche-développement, il ne s’agit en effet pas d’un jeu avec une somme totale égale à zéro. L’enjeu ici n’est pas de compenser par une perte pour l’un, le gain de l’autre. Nous gagnerons tous à augmenter le potentiel d’innovation.

Je m’attends à un débat animé de spécialistes avec des implications politiques formulées en conclusion. Nous pouvons difficilement résoudre des tâches aussi compliquées en deux jours, mais nous pouvons assurément essayer d’identifier plus précisément les problèmes, de pointer du doigt les aspects jusqu’alors négligés, de faire disparaître certains stéréotypes et d’ouvrir de nouveaux horizons.

Regarder en profondeur et justement la situation dans les nouveaux pays membres permettra à leurs citoyens de s’approprier les initiatives de l’UE et de ne pas les interpréter comme des décisions « de ceux de Bruxelles ». L’INCOM devrait contribuer par son action à ce que le rôle des nouveaux pays dans la construction de l’Europe soit mieux examiné et à ce que les ressources financières et humaines soient employées avec plus d’efficacité.

En conclusion je souhaiterais vous proposer de considérer à titre de recommandation, la mise en place d’un Forum de l’innovation de Prague qui deviendrait un groupe permanent de consultation pour la Commission européenne. Il devrait allier expertise analytique et expertise politique réfléchissant les spécificités des pays passant à une économie fondée sur la connaissance. Je suis prêt à accorder à ce projet le soutien politique nécessaire et j’invite les commissaires Verheugen, Potočnik et Figel à se joindre à moi dans cet effort.

Nous ne pouvons nous permettre de continuer à faire du surplace. Les innovations ont apporté à l’Europe la suprématie mondiale dans le passé, elles sont la solution pour surmonter les problèmes du présent et la clé pour l’avenir. Nous, Européens, n’avons pas dans nos gênes de nous contenter de la moyenne. Les paroles du célèbre manager américain Jack Welch : « Nous ne ferons que ce en quoi nous sommes les meilleurs ou les deuxièmes meilleurs dans le monde » valent pour nous aussi. Au nom de la République tchèque, j’ajoute encore ceci : ou nous collaborerons avec ceux qui sont les meilleurs.

Je vous souhaite que cette réunion soit fructueuse !

Dernière mise à jour : 16.8.2011 15:51

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