Discours du premier ministre tchèque, Mirek Topolánek, « Assurer la sécurité énergétique des États membres de l’UE dans », Ostrava

Je vous souhaite la bienvenue ici, à Ostrava. Ce n’est pas un hasard si nous organisons dans le cadre de la présidence tchèque de l’la conférence sur le marché intérieur de l’électricité précisément dans cette région. Celle-ci se situe en effet à la frontière de trois pays membres de l’UE : la République tchèque, la Pologne et la Slovaquie. Le développement de ce territoire a toujours dépendu de la coopération entre ces voisins, sachant qu’un rôle important était joué par le charbon, en tant que matière première énergétique. Nous pouvons considérer cette interdépendance et cette interconnexion comme une source d’inspiration pour le débat européen sur la sécurité énergétique.

La sécurité énergétique se trouve à juste titre au centre des attentions. Aucun organisme vivant ne peut survivre sans énergie. Sans elle, la structure de la civilisation se dégrade vite. De l’énergie dépend notre liberté et les dernières semaines nous ont rappelé cette vérité avec fermeté. La problématique du transit et de la diversification des sources en matières premières énergétiques a fait l’objet du sommet Nabucco à Budapest il y a à peine trois jours. La présente conférence a pour objet des thèmes différents qui ne peuvent toutefois être séparés de la question de notre trop grande dépendance à l’égard des importations de pétrole et de gaz.

La suffisance des capacités de production, des infrastructures de transport robustes et les règles appropriées pour le marché intérieur de l’électricité, tels seront les sujets de cette conférence et en même temps les pré-requis nécessaires à l’atteinte de nos objectifs : assurer à nos citoyens des approvisionnements ebn énergiesûrs, peu chers et  stables. La réalisation de ces trois pré-requis nous permettra d’exploiter de façon optimale nos propres sources et de réduire ainsi notre dépendance envers les importations. Elle exige que nous regardions le marché européen de l’électricité comme un ensemble technologique, renforçant ainsi la conscience de la nécessité d’une politique énergétique commune.

Toute une série de spécialistes remarquables interviendront lors de cette conférence, et je ne veux certainement pas prévoir les conclusions de vos débats. Je me permets simplement de poser quelques questions, d’évoquer quelques sujets que je juge importants et auxquels, j’en suis convaincu, vos discussions permettront d’apporter des solutions.

Comme l’indique l’intitulé du premier bloc de la conférence, le marché intérieur de l’énergie ne peut bien fonctionner sans des capacités de production suffisantes. Cet aspect est l’une des grandes faiblesses européennes et la raison principale du fait que le prix de l’électricité non seulement ne baisse pas dans le cadre du marché libéralisé, mais augmentait même jusqu’au moment où la crise a éclaté.

Il convient par conséquent de se poser les questions suivantes : Comment compléter de manière pertinente les sources d’électricité ? Sur quelles sources principales miser à l’avenir pour assurer notre indépendance quant à la production de l’électricité ? Comment concilier les efforts visant à réduire les émissions et la nécessité de réduire notre dépendance énergétique ? Quel rôle l’énergie nucléaire doit-elle jouer ? Et les sources renouvelables ? Et le charbon européen ? Et celui du gaz importé ?

Toutes ces questions sont liées au sujet de la conception énergétique commune de l’UE. Et cela tant en ce qui concerne les moyens d’assurer les matières premières énergétiques que pour ce qui est de leur utilisation pour la production de l’électricité et de chaleur. Sans une politique énergétique commune, le marché intérieur n’existera que sur le papier, la solidarité européenne ne sera qu’un concept vide et la sécurité énergétique qu’une chimère.

La politique européenne commune doit également comprendre la modification de la législation européenne qui permettra d’accélérer la construction de nouvelles sources et lignes de transmission. Seule la combinaison de sources suffisantes et de réseaux de transport de qualité, aux dimensions assez grandes et interconnectés de manière fonctionnelle permettra la sécurité et la stabilité des livraisons aux consommateurs et le fonctionnement efficace du marché européen commun.

J’en arrive par là au deuxième bloc de la conférence. Nous avons tous en mémoire des coupures ou des situations s’en approchant où les réseaux de transport s’avèrent insuffisants.

Sommes-nous prêts à prendre ce problème à bras le corps avant que de nombreux foyers européens ne connaissent, au minimum, une « période noire » temporaire ? Comment réagissons-nous au fait que, certes, nous avons constitué un marché européen unique, mais que celui-ci n’est que l’addition des réseaux élaborés à l’origine pour répondre à une utilisation et des besoins nationaux, ce à quoi correspond en général son niveau technologique ? Quand éliminerons-nous ces « conduits étroits » du réseau qui entravent réellement la liberté du commerce et empêchent le fonctionnement à plein régime du marché paneuropéen de l’électricité ?

Je dois dire que je soutiens complètement l’intention de la Commission européenne de renforcer les réseaux énergétiques dans le cadre du plan de relance. Je suis satisfait du fait qu’elle a validé l’allocation d’un budget de 3,5 milliards d’euros au développement du secteur énergétique, dont la majorité sera précisément affectée à l’amélioration des connexions entre les États. L’un des grands problèmes est celui des éoliennes, en particulier en Allemagne, car elles menacent la stabilité des réseaux de transport. À cet égard devrait s’appliquer la formule selon laquelle celui qui aime les éoliennes devrait aimer également les nouvelles lignes électriques. Et aussi les réserves de ressources qui équilibrent les variations de rendement.

Un problème spécifique mais vraiment très important de la législation européenne est celui du tarif unique pour le transport transfrontalier d’électricité. Vous vous pencherez sans aucun doute sur cette proposition. La situation actuelle, dans laquelle le transport international est littéralement gratuit et les coûts occasionnés sont de ce fait difficilement retournés aux gestionnaires des réseaux de transport, est contraire au bon sens. La présidence tchèque veut, dans le cadre des discussions sur le troisième paquet de libéralisation, se pencher entre autres sur cette question.

Voilà qui m’amène au troisième bloc de la conférence, celui des règles et institutions du marché commun. Je salue la naissance de l’association de tous les gestionnaires de réseaux de transports (ENTSO – E) dont la juste ambition est de coordonner les règles au niveau européen et de créer un code technique unique pour le fonctionnement des réseaux. Je veux croire que de cette façon les derniers obstacles technologiques à la constitution d’un réel marché européen tomberont bientôt.

Une avancée tout aussi fructueuse sera celle consistant en l’élaboration du code de commerce dont est chargé un organisme récemment créé, l’Agence de coopération des régulateurs de l'énergie (ACER) dont nous entendrons également encore parler en ces lieux.

Pour ce qui est de la République tchèque je peux dire que notre marché de l’électricité est tout-à-fait ouvert, et cela depuis le 1er janvier 2007. C’est-à-dire six mois plus tôt que le délai accordé par la directive européenne. Les consommateurs finaux peuvent ainsi et commencent d’ailleurs déjà à utiliser la possibilité de changer leur fournisseur d’électricité. Je dois malheureusement ajouter que dans notre cas l’ouverture du marché s’est jusqu’à présent faite plutôt aux dépens des clients tchèques car le manque d’électricité en Europe en augmente de fait le prix chez nous.

En conclusion permettez-moi quand même de répondre à trois questions fondamentales.
Nous voulons fournir à nos concitoyens une électricité moins chère et leur garantir la chaleur ? Alors nous ne pouvons pas nous permettre de parier sur des ressources de plus en plus chères.
Nous voulons renforcer notre liberté et notre indépendance ? Alors nous n’avons pas le droit de compter pour l’essentiel sur les importations de pétrole et de gaz.
Nous voulons avoir un secteur énergétique durable avec un faible niveau d’émissions ? Alors nous n’échapperons pas au nucléaire.

Peut-être qu’en formulant des conclusions si aiguisées je sors du cadre du mandat dont je suis investi en tant que président d’un gouvernement de coalition. J’ai pourtant senti la nécessité de vous en faire part ici de façon aussi claire. Non seulement en tant que personne qui a passé toute sa vie professionnelle dans le secteur énergétique, mais aussi en tant qu’homme politique qui sent une responsabilité à l’égard du futur.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière mise à jour : 16.8.2011 15:48

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