Discours prononcé par Karel Schwarzenberg, session plénière du PE, 14.1.2009

- Monsieur le Président, je vous remercie de me donner la parole dans ce débat relatif à la dramatique situation au Moyen-Orient, débat qui arrive à un moment opportun. 

Depuis le début de la campagne militaire israélienne dans la Bande de Gaza le 27 décembre, nous sommes les témoins d'une grave détérioration de la situation à tous les niveaux. Les conséquences humanitaires de cette opération sont dramatiques pour la population de Gaza. Plus de 900 Palestiniens ont trouvé la mort depuis que l’opération a été lancée, parmi lesquels environ 30 % étaient des femmes et des enfants et nous sommes profondément affectés par ces pertes civiles, comme nous ne cessons de l'indiquer dans les déclarations de la présidence. L'Union européenne déplore les hostilités en cours qui ont causé un nombre aussi élevé de décès parmi les civils, et nous présentons nos sincères condoléances aux familles des victimes. 

Nous sommes particulièrement préoccupés par les incidents tels que celui de l'attaque de l'école des Nations unies à Jebaliya et par les tirs dirigés sur les convois humanitaires et qui ont entraîné la mort de travailleurs humanitaires. Plus de 4 200 Palestiniens ont été blessés, selon les données fournies par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Cette agence des Nations unies estime à 28 000 le nombre de personnes déplacées depuis le début des hostilités. Un grand nombre d'entre elles tente de trouver refuge dans les abris, le reste des personnes déplacées à l’intérieur du territoire logeant chez des membres de leur famille. 

Les besoins humanitaires les plus importants sont liés au grand nombre de blessés et à la surcharge des services de santé, alors que les personnes déplacées et les familles qui les accueillent ont besoin d’une aide spécifique et notamment de nourriture, d’abris, d’eau et d’autres produits non alimentaires. Le réseau de distribution des eaux ayant été sévèrement endommagé et nécessitant une réparation urgente, la population de Gaza n'a que difficilement accès à l'eau salubre. Fournir de l'eau potable est par conséquent de la plus grande nécessité. 

Tous les niveaux de la population souffrent également d'une grave pénurie de nourriture. Depuis le 4 novembre dernier, le personnel des ONG étrangères n'a pas été autorisé à entrer dans Gaza pour y apporter et gérer l'aide humanitaire comme il le faudrait. Le nombre de camions pénétrant dans Gaza a baissé depuis le début des opérations militaires, et la moyenne actuelle de 55 camions par jour est lamentablement insuffisante sachant qu’au moins 300 camions par jour seraient nécessaires pour couvrir les besoins des 80 % de la population devenus dépendants de l'aide. 

L'Union européenne suit ces événements tragiques de près depuis leur début. Ainsi les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont-ils réunis en session extraordinaire à Paris trois jours après que les opérations aient été engagées pour discuter de la situation. Ils se sont entendus sur la nécessité d'un cessez-le-feu immédiat et permanent ainsi que sur celle d'une action humanitaire immédiate dans le cadre du renforcement du processus de paix. Le sommet avait en particulier pour objectif de contribuer à mettre fin à la violence et à apaiser la crise humanitaire. La présidence a conduit une mission diplomatique au Moyen-Orient. La Troïka ministérielle de l’UE s’est rendue dans la région entre le 4 et le 6 janvier derniers pour des réunions en Égypte, en Israël, avec l'Autorité palestinienne et en Jordanie. Le Haut représentant de l’UE pour la PESC s’est également rendu en Syrie, au Liban et en Turquie. 

Les grandes lignes de la solution à cette crise ont commencé à se dessiner. D'abord et avant tout, il est nécessaire de parvenir à un arrêt sans réserve des attaques au lance-roquettes perpétrées par le Hamas sur Israël et de mettre fin à toute action militaire israélienne de façon à rendre possible l’apport continu de l'aide humanitaire ainsi que la reprise des services publics et des soins médicaux plus qu'urgents. Le cessez-le-feu de six mois arrivé à expiration le 19 décembre est loin d’avoir été irréprochable ; Israël a subi des tirs de roquette réguliers et savait que son ennemi renforçait sa puissance de feu, alors que Gaza a de son côté enduré un blocus économique particulièrement punitif qui a significativement ébranlé son développement économique. 

Pour parvenir à un cessez-le-feu durable, nous devons chercher un compromis intelligent mettant fin aux tirs de roquette et permettant la réouverture des points de passage. Une solution viable doit être recherchée au sujet des tunnels traversant les frontières, en particulier le long de la route Philadelphie, de manière à prévenir le trafic d'armes. Une telle solution doit également mener à l'ouverture systématique et contrôlée de tous les points de passage aux frontières afin que l'économie de Gaza puisse se développer. 

Nous pensons que le déploiement de missions internationales visant à contrôler la mise en œuvre du cessez-le-feu et à faire le lien entre les deux parties pourrait être utile. À cet égard, l'Union européenne est prête à renvoyer ses observateurs au point de passage de Rafah et à étendre la portée et le contenu du mandat de sa mission d’assistance à la frontière. Nous saluons le fait qu'Israël a exprimé son accord pour un arrêt quotidien des hostilités de manière à permettre l'acheminement vers Gaza des denrées alimentaires, du carburant et des médicaments qui manquent cruellement. Cependant, seul un cessez-le-feu complet et immédiat permettrait la livraison et la distribution des gros volumes d'aide humanitaire dont Gaza a si désespérément besoin et contribuerait au rétablissement des services de base. Israël doit faire en sorte que la population civile palestinienne de la Bande de Gaza puisse accéder sans obstacles et en toute sécurité à l'aide humanitaire ainsi qu’aux autres produits essentiels, et notamment à la nourriture, aux médicaments et au carburant. Israël doit par ailleurs également garantir la sécurité du passage des civils et du personnel humanitaire à destination et en provenance de la bande de Gaza.

Même une solution d’ensemble et durable à la situation dans la Bande de Gaza ne suffira toutefois pas à instaurer la paix dans la région. Nous devons réfléchir aux questions plus vastes et plus complexes. Nous avons besoin d’une stratégie nouvelle et globale quant à la situation politique intérieure en Palestine, et les pourparlers de paix suspendus du fait de la crise à Gaza doivent être repris. La réconciliation palestinienne et un gouvernement représentatif des aspirations du peuple palestinien sont plus que jamais nécessaires. C'est pourquoi nous soutenons les efforts de médiation entrepris par l'Égypte en conformité avec les résolutions de la Ligue arabe du 26 novembre 2008. 

Ainsi que les conclusions du CAGRE de décembre 2008 le soulignent, l’Union européenne est prête à soutenir tout gouvernement palestinien stable mettant en œuvre des politiques et des mesures reflétant les principes du Quartet. L'Union européenne met l'accent sur le besoin de parvenir à une paix juste, durable et totale au Moyen-Orient et appelle à la reprise des négociations israélo-palestiniennes et à la résolution de tous les problèmes en suspens dans le conflit israélo-palestinien, et notamment de tous les problèmes clés. 

Une solution durable et exhaustive dépendra en définitive des progrès réels du processus de paix au Moyen-Orient. Les parties devront déployer des efforts rapides et vigoureux pour parvenir à une paix totale, s’appuyant sur la vision d'une région où deux États démocratiques, Israël et la Palestine, vivent côte à côte en paix, à l'intérieur de frontières sûres et reconnues. 

La dernière vague de violence au Moyen-Orient n'a peut-être pas seulement repoussé les perspectives d'une résolution pacifique du conflit opposant Israël et la Palestine ; les dommages politiques causés par les combats, aussi bien en termes de polarisation et de radicalisation de la région qu'en termes de discrédit supplémentaire des forces modérées, ne peuvent en effet pas être ignorés. Seul un État palestinien viable saura apporter la sécurité à une région qui souffre depuis trop longtemps, ceci étant particulièrement dans l'intérêt d'Israël et de ses voisins. Des mesures urgentes doivent par conséquent être adoptées immédiatement pour réparer les dommages occasionnés par l'action militaire afin de faire renaître la possibilité d'une issue négociée équit

Dernière mise à jour : 16.8.2011 15:52

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