Discours prononcé par Mirek Topolánek au Théâtre national tchèque le 7 janvier 2009

C’est un honneur pour moi de pouvoir inaugurer ici, sur notre sol, la présidence tchèque de l’Union européenne. Quel éphémère instant pour un premier ministre, quel moment historique important pour la République tchèque.

Il n’y a probablement aucun autre peuple européen qui ait consacré autant d’efforts, de temps et d’espace que les Tchèques à la discussion des questions de son identité et du sens de sa propre existence. Les querelles opposant les grandes personnalités de notre pays, issues des mondes de la science, de la culture et de la politique, nous accompagnent depuis de la formation de notre nation moderne.

Qu’est-ce qu’un peuple, qui se demande en permanence qui il est, peut bien apporter à l’Europe ? Qu’est-ce que la République tchèque, dans son rôle de pays assurant la présidence, peut bien apporter à l’Union européenne qui, elle même, a tant de mal à se trouver une identité commune ?

Je pense que ce que nous pouvons proposer est précisément notre expérience de la résolution de la « question tchèque », qui est aussi une question européenne. Toutes les questions que se pose l’Europe d’aujourd’hui, nous, les Tchèques, nous nous les sommes posées pendant deux cents ans, toutes ces années nous ayant permis d’apprendre ce qui est réellement important, ce qui compte vraiment.

Nous avons appris à utiliser nos points forts. Nous avons appris à tirer un maximum du minimum, à écouter attentivement, nous avons appris la flexibilité et l’inventivité, nous avons appris ce qu’est un travail quotidien, certes humble mais rigoureux et opiniâtre. Cela nous a permis de devenir un peuple européen performant, prospère et fier, et ce déjà à l’époque qu’avec une dose pour le moins exagérée de pessimisme et de défaitisme nous qualifions aujourd’hui de période « sombre ».

Ce magnifique Théâtre national est lui-même l’une des bornes de l’émancipation tchèque. Il nous rappelle expressément qu’un petit peuple situé au milieu de la communauté multinationale n’a pas à souffrir d’un complexe d’infériorité ; que ce soit au 19e siècle ou, et encore moins, au 21e siècle. Il nous rappelle expressément que le succès d’une communauté ne dépend pas de beaux discours sur l’identité, mais des résultats concrets des actes libres de millions de personnes.

Oui, la liberté est notre valeur fondamentale. La liberté est la réponse à toutes les questions identitaires, tchèques ou européennes. La liberté est l’avantage comparatif d’un petit peuple parmi les grands, et d’un petit continent parmi des continents plus peuplés et plus riches. La liberté est la clé de voûte qui unit notre « tchéquité » à notre européanité.

Je voudrais ici citer les propos du critique et philosophe tchèque František Václav Krejčí qui disait il y a plus de soixante dix ans, et je ne saurais mieux le dire : « Appelons « européanité » la conscience claire d’appartenir non seulement à un peuple, mais aussi, et bien plus, à l’ensemble culturel et moral que, face aux autres continents, représente l’Europe, et cela même si le concept de cette solidarité spirituelle et culturelle et le concept géographique de l’Europe ne se sont pas toujours recoupés ».

Oui, vraiment, l’européanité n’a pas de frontières géographiques. Même si nos valeurs sont spécifiquement européennes, elles sont également des valeurs universelles, et chaque Homme doté d’une libre volonté peut s’en réclamer.

Sont également des valeurs universelles et toujours actuelles deux postulats présents au moment de la constitution de la Communauté européenne du charbon et de l’acier : la paix et la prospérité. Comme ils se rappellent à nous avec insistance en ce début d’année 2009 !

Ces questions actuelles, qui nous sont posées dès les premières heures de notre présidence, recoupent aussi nos trois grandes priorités, les « trois E » que sont l’Économie, l’Énergie et l’Europe et le monde. Ces priorités concernent tous les pays membres et montrent la valeur ajoutée de la coopération européenne et le besoin, qui en découle, de rechercher des solutions au niveau mondial.

La crise mondiale nous montre à nouveau à quel point les notions de richesse et de taille du pays sont relatives. Les lois de l’Économie sont les mêmes pour tous, pour les petits comme pour les grands États, pour les riches comme pour les pauvres. À notre époque, où les marchés sont mondiaux, personne n’est protégé contre les conséquences des erreurs commises. La recherche de solutions exige donc d’autant plus une approche commune et réfléchie qui nous empêchera de multiplier les erreurs.

Un autre thème paneuropéen et mondial est celui de l’Énergie. Il ne peut y avoir de meilleur exemple d’intérêt paneuropéen exigeant la définition d’une politique étrangère et de sécurité commune. L’urgence de cette priorité s’est d’ailleurs manifestée dès le début de notre présidence.

Enfin il y a l’Europe et le monde. La présidence française a dû gérer la crise en Géorgie. Notre présidence commence quant à elle avec une nouvelle escalade des tensions au Proche-Orient, ce qui ne fait que confirmer ce que nous avons déjà dit, à savoir que l’Union européenne doit jouer un rôle beaucoup plus actif dans le conflit au Proche-Orient.

Je le répète, l’européanité n’a pas de frontières géographiques. Cela implique, outre de contribuer au règlement des conflits, d’avoir une bonne politique de voisinage et en particulier d’intégrer de nouveaux membres. Nous devons poursuivre notre mission civilisatrice et étendre notre espace commun de liberté, de sécurité et de prospérité.

Je suis convaincu que, pour résoudre les problèmes mentionnés et travailler dans le sens de nos priorités, de même que pour animer les débats actuels, gérer les dossiers courants ou réagir aux éventuelles surprises, nous pouvons utiliser notre expérience spécifique.

Si j’ai évoqué ici, sous la forme des trois « E », le contenu des priorités de notre présidence, l’approche tchèque sur le plan formel pourrait elle aussi être résumée en trois « E ». En tant que pays assurant la présidence de l’UE, nous voulons en effet être efficaces, empathiques et éclectiques.

Comme je l’ai dit, notre expérience historique nous a appris à ne pas décortiquer longuement les problèmes, mais plutôt à les résoudre. Pas de manière précipitée, mais avec lucidité. Notre expérience nous a appris que nous ne devons pas trop « faire les malins », mais essayer d’utiliser de manière réaliste les avantages et possibilités dont nous disposons. L’Histoire nous a appris à agir avec un maximum d’Efficacité

Nous avons en outre appris à écouter attentivement et patiemment les autres. Nous avons appris à être sensibles à toute une série de problèmes qui peuvent parfois échapper à des pays plus grands mais dont l’histoire a été moins mouvementée. Nous aurons certainement besoin de cette capacité d’Empathie, et cela aussi bien à l’égard de l’UE, qu’envers l’extérieur de celle-ci.

Enfin, l’une des aptitudes typiques des Tchèques est celle de ne pas s’enfermer dans une seule idéologie dominante mais au contraire de recourir à diverses approches et solutions ayant prouvé qu’elles sont utiles et fonctionnent. Cet Éclectisme génétique sera certainement précieux pour le pays assurant la présidence de l’UE en cette période mondiale, postmoderne.

Ces « trois E tchèques » constituent, espérons-le, une bonne préparation à la conduite de notre communauté de 27 États et d’un demi-milliard de personnes, dans le cadre de laquelle la voix du pays assurant la présidence est appelée non pas à diriger et décider, mais plutôt à animer et inspirer.

J’ai déjà dit que la valeur qui unit notre tchéquité et notre européanité est la liberté. Nous allons présider l’Union européenne l’année même où nous commémorons le cinquième anniversaire de notre adhésion à cette communauté et le vingtième anniversaire de l’effondrement du totalitarisme. Ces deux expériences nous inspirent la même idée, à savoir que, plus que la taille, la richesse actuelle, ou l’ordre institutionnel, ce sont la liberté et la force des pensées qui importent.

Il existe un lien entre notre tchéquité et notre européanité et, à partir de celle-ci, vers une vision globale. Nous voyons l’Europe comme une communauté unie par les mêmes valeurs fondamentales, de même que comme un espace ouvert de liberté que ce soit vers l’intérieur ou l’extérieur. C’est également ainsi que je perçois la devise de la présidence tchèque de l’Union européenne : une Europe sans barrières.

Dernière mise à jour : 16.8.2011 15:54

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