Présidence de l’UE 2009 : premier bilan tchèque avec A. Vondra, vice-premier ministre tchèque chargé des Affaires européennes; European Policy Centre
Lorsqu’un gouvernement entre en fonctions, il a en général droit à une période d’adaptation de 100 jours. La présidence tchèque n’a elle même pas eu droit à 100 heures pour s’installer confortablement derrière le volant du Conseil de l’UE – la crise du gaz + Gaza l’ont en effet immédiatement propulsée au centre des évènements.
Présider le Conseil pour la première fois est comme conduire une voiture nouvelle et puissante. Nous avons réussi à garder la route malgré les deux premiers virages serrés et glissants. Notre tâche à présent est de maintenir le rythme tout au long de la course. De montrer à nos collègues que s’endormir au volant ne fait pas partie des habitudes tchèques. Six semaines se sont écoulées depuis nos débuts, quel est le bilan du premier quart de la présidence tchèque ?
Gaza – L’UE a assumé ses responsabilités globales et a comblé le vide alors que la période était à la transition entre l’ancienne et la nouvelle administration américaine, traditionnellement active dans la région.
Une mission diplomatique conduite par le ministre tchèque des Affaires étrangères, K. Schwarzenberg, soutenu par le commissaire européen Mme Ferrero-Waldner, le haut représentant du Conseil, J. Solana et nos partenaires du trio de présidences, s’est rendue dans la région immédiatement après le début des affrontements.
Le premier ministre tchèque, M. Topolanek, a pris part à Charm el-Cheikh aux négociations qui ont contribué au rétablissement du cessez-le-feu
La présidence a envoyé une équipe d’experts à Gaza pour évaluer la situation humanitaire, qui est à présent notre priorité absolue. Nous continuons à communiquer avec nos partenaires dans la région. Nous apportons notre soutien aux efforts déployés par l’Égypte pour la création d’un gouvernement de consensus national qui prendra en charge la reconstruction et l’organisation d’élections. Nous saluons en outre la proposition émise par l’Égypte d’accueillir début mars une conférence des bailleurs co-parrainée par l’UE.
Il est fondamental que l’UE reste active dans la région. En même temps il est tout aussi important que nous travaillions main dans la main avec les États-Unis et le quartet. Étant donné le résultat des élections israéliennes, nous risquons de devoir attendre longtemps avant qu’un accord sur un gouvernement de coalition ne soit trouvé – le soutien du président Barack Obama pour une solution fondée sur la coexistence de deux États est crucial pour que les États-Unis et l’UE conservent suffisamment d’influence pour exhorter à poursuivre le processus de paix. Voici l’une des raisons pour lesquelles nous aimerions que le Moyen Orient soit inscrit à l’ordre du jour des réunions européennes avec le président Obama.
La crise du gaz – a entraîné un début encore plus radical – même si attendu – pour la présidence.
Plus de vingt États membres de l’UE ont été affectés par la pénurie de gaz causée par le litige qui a opposé, comme chaque année, la Russie et l’Ukraine. La présidence tchèque et la Commission européenne ont géré la situation côte à côte et ont finalement contribué à la mise à jour de solutions. Nous avons amené les deux parties à la table des négociations et avons réussi à préserver l’unité de l’UE – une tâche peu facile alors que les citoyens bulgares grelottaient et que les entreprises slovaques étaient au bord de la faillite. Au cours de ces évènements, nous avons fortement ressenti combien l’expression « solidarité européenne » a besoin d’être comblée en substance.
La présidence tchèque a placé la sécurité énergétique parmi ses trois grandes priorités politiques (« l’Économie », « l’Énergie », « l’Europe et le monde ») bien avant que les perturbations dans l’approvisionnement du gaz aient à nouveau montré la vulnérabilité de l’UE. La tâche principale de la présidence est désormais double :
Premièrement, chercher à ré-établir la confiance en nos partenaires de l’Est, ébranlée par la crise. Il ne faut pas que nous nous éloignions de l’Ukraine. Il est de l’intérêt vital de l’UE de contribuer à la stabilité, à la transparence, au fonctionnement d’une meilleure administration publique et au développement économique de ce pays. C’est pourquoi, à la lumière de la crise, l’UE devrait renforcer ses efforts pour établir le partenariat oriental. La présidence tchèque entamera cette initiative avec le sommet de haut niveau prévu le 7 mai 2009. Nous devons bien sûr également développer et restaurer une relation de confiance avec la Russie.
Deuxièmement, profiter de l’élan et de la volonté politique générés par la crise pour concrétiser les mesures à long, moyen et court terme les plus pressantes pour le renforcement de la sécurité énergétique. Les ministres chargés de l’Énergie se réunissent demain pour définir les priorités concernant la sécurité et la solidarité énergétique. Nous estimons qu’elles devraient inclure entre autres :
- La diversification des fournisseurs, des sources et des routes d’approvisionnement en énergie : nous avons besoin d’un maximum d’options, y compris le corridor Nord, le corridor Sud et Nabucco
- Une meilleure interconnexion : nous devrions travailler sur les six projets prioritaires d’infrastructure : le corridor gazier sud-européen, l’approvisionnement de l’Europe en GNL, les interconnexions dans la région baltique, les interconnexions Nord-Sud au sein de l’Europe centrale et du Sud-Est, l’anneau méditerranéen de l’énergie et le réseau énergétique en mer du Nord
- Le contrôle régulier des livraisons et de la demande en énergie qui faciliterait l’identification des investissements susceptibles de réduire les risques liés à la sécurité des approvisionnements
- Le renforcement de la dimension extérieure de la politique énergétique de l’UE : l’UE devrait parler d’une seule voix. Nous devrions également intensifier nos relations énergétiques avec des pays et des régions tiers, notamment à travers le partenariat oriental et la coopération avec la Russie. Un engagement politique de haut niveau avec les pays fournisseurs et de transit du corridor Sud ou de nouvelles adhésions au Traité instituant la Communauté de l’énergie sont tout aussi importants.
- Des mécanismes de crise pour les livraisons de pétrole et de gaz
- Le renforcement de l’efficacité énergétique
Il est inutile de dire qu’en plus du plan européen de relance économique, l’UE aura besoin des moyens appropriés pour atteindre ces objectifs.
L’énergie fera partie des principales questions abordées lors du Conseil européen de printemps, de même que l’économie. Ce qui me mène au fait que des défis majeurs nous attendent. La présidence tchèque intervient au moment de la pire crise économique qui soit survenue depuis la constitution des Communautés européennes. Le PIB de l’économie de la zone euro a chuté, en reportant ce chiffre sur l’année, de 5,9 % au cours du quatrième trimestre 2008. Les nouveaux États- membres souffrent également de récession, étant donné que l’Allemagne et les autres pays de l’Europe de l’Ouest représentent des marchés d’exportation vitaux pour eux. Le ralentissement économique est accompagné d’une détérioration de la situation sur le marché du travail – la Commission prévoit la perte de 3,5 millions d’emplois dans l’UE cette année. Les finances publiques sont elles aussi sous pression ; la Commission prévoit, du fait de la baisse des recettes fiscales et de l’augmentation des dépenses pour le financement des mesures de redressement, que le déficit total de l’UE devrait doubler pour atteindre cette année plus de 4,4 % du PIB. Enfin et surtout, alors que les élections européennes approchent, nous devons expliquer aux citoyens de plus en plus en colère pourquoi c’est à eux qu’il revient de payer le prix des difficultés des institutions financières.
Ces effets combinés représentent une menace sérieuse non seulement pour la prospérité européenne, mais aussi pour les principes fondateurs du marché unique et, in extremis, pour l’idée de l’intégration européenne en tant que telle. Dans un effort déployé pour stimuler les économies et les industries nationales, les gouvernements sont sous pression pour mettre en place des mesures qui pourraient ne pas être en accord avec les règles relatives aux aides d’État ou le principe de non-discrimination, qui est la base même de l’acquis communautaire. La tentation d’avoir recours au protectionnisme et de repousser les problèmes vers les autres pays de l’UE est très forte, et dangereuse, car elle sacrifie la prospérité à long-terme pour tous, au profit de revendications populistes à court-terme. À moins que les mesures de redressement des États-membres de l’UE ne soient mieux coordonnées, elles risquent de conduire à moyen-terme à de graves violations de la libre concurrence, à des effets secondaires et autres conséquences. La présidence tchèque a donc décidé de convoquer une réunion informelle extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement le 1er mars 2009 afin de débattre de ces questions. Nous prévoyons pour l’instant l’inscription de trois thèmes principaux possibles au programme :
1) Comment atteindre l’harmonie et mieux coordonner les mesures nationales de redressement afin d’accroître leur effet multiplicateur positif et d’éviter d’aggraver la situation actuelle en transférant les problèmes sur les autres États-membres ?
2) Comment réouvrir les canaux de crédit suspendus à cause de la crise, ce qui entrave la marche des entreprises ?
3) Comment mieux mettre en œuvre le plan européen de relance économique et les mesures de soutien à l’emploi ?
Cette réunion extraordinaire servira également d’entraînement avant le Conseil européen de printemps lors duquel nous envisageons de faire le point des progrès réalisés pour assurer une plus grande stabilité, la supervision et la transparence des marchés financiers. Nous évaluerons par ailleurs la mise en application du plan de relance. Nous voudrions profiter de cette opportunité pour souligner que les mesures fiscales à court-terme doivent être suivies de mesures de consolidation à long-terme. Nous voudrions rappeler l’engagement des États-membres à en revenir à leurs objectifs budgétaires à moyen-terme le plus tôt possible, augmenter les déficits publics représentant, sur le long-terme, pour les économies un danger aussi grave que la récession elle-même (comme nous pouvons le voir dans le cas de certains pays endettés de l’UE). Dans la mesure où il est absolument fondamental de maintenir l’intégrité du marché unique de l’Union européenne afin de pouvoir faire face à la récession, nous voudrions souligner, lors du Conseil européen de printemps, l’importance d’adhérer aux principes fondamentaux du marché intérieur. L’importance d’appliquer chacun des piliers de la stratégie de Lisbonne devrait également être mentionnée.
Pour ne pas oublier les autres questions essentielles du programme du Conseil européen de printemps, nous aimerions définir la position de l’UE en vue du sommet du G20. Outre l’économie, l’énergie et le changement climatique seront un autre chapitre important du Conseil européen de printemps dont j’ai déjà exposé brièvement le programme ci-dessus. Le Conseil européen aura la lourde tâche de définir la position de l’UE concernant les préparatifs de la conférence de Copenhague, y compris l’accroissement des flux financiers et d’investissements dans les efforts d’adaptation d’atténuation des effets du changement climatique dans les pays en voie de développement.
Enfin et surtout – les relations extérieures – nous voudrions que le Conseil approuve l’initiative du partenariat oriental en considération du sommet qui devrait se tenir en mai avec les pays partenaires.
Conclusion
Comme vous le voyez, notre programme est assez chargé. Alors que les thèmes centraux de la première moitié de la présidence seront ceux de l’énergie et de l’économie, la seconde moitié, au moins aussi exigeante que la première, sera dominée par le traité de Lisbonne, les questions institutionnelles et les relations extérieures. Je veux croire que vous serez d’accord avec moi pour dire que, étant donne les questions figurant au programme quotidien de l’UE, le choix de nos priorités, « l’Énergie », « l’Économie » et « l’Europe et le monde », était plus qu’approprié. La République tchèque n’est pas une super-puissance ; la principale valeur ajoutée de notre présidence devrait être la création de consensus et le respect des règles du jeu. Nous assumons notre tâche en toute responsabilité et considération pour les intérêts de l’UE dans son ensemble. J’espère sincèrement que nos actes nous ferons gagner votre respect.
Dernière mise à jour : 16.8.2011 15:44