La présidence tchèque répond à vos questions

Quelles sont les priorités de la présidence par rapport aux conclusions du sommet de décembre ? Comment la République tchèque gérera-t-elle la crise financière ? Voici les réponses du premier ministre tchèque Mirek Topolánek.

1. Quelles sont les priorités de la présidence tchèque et comment s’inscrivent-elles dans la continuité des conclusions du sommet de décembre ?

Suite aux consultations bilatérales avec les représentants de tous les autres États membres et avec les présidents de la Commission européenne et du Parlement européen, la présidence tchèque a résumé ses priorités sous la devise « Une Europe sans barrières » et sous le sigle « 3 E » – l’Économie, l’Énergie, l’Europe et le monde.

Grâce à l’accord sur le paquet « énergie-climat », sur le plan de relance et de réponse à la crise financière et sur la politique étrangère, le sommet de décembre permet à l’Union de continuer à poursuivre les « 3 E » au cours du premier semestre de 2009 : de chercher à assurer la sécurité énergétique par une diversification des ressources, augmenter la compétitivité européenne en promouvant la recherche scientifique et les petites et moyennes entreprises, développer le « Partenariat oriental » et poursuivre l’intégration des Balkans occidentaux.

Quant aux relations transatlantiques, considérées depuis longtemps par la République tchèque comme une base de la politique sécuritaire internationale, et vu les menaces présentes au niveau mondial, il est important que le Conseil de l’Union européenne ait endossé une pleine complémentarité avec l’OTAN, c’est-à-dire le travail en synergie pour couvrir réciproquement les besoins militaires et civils lors des opérations communes et la collaboration aux projets d’envergure.

2. Comment percevez-vous la présidence française et ses résultats ? Ne pensez-vous pas qu’il soit difficile de prendre le relais après la France, étant donné le style emphatique du président Nicolas Sarkozy ?

La France et surtout son président Nicolas Sarkozy ont accompli beaucoup de travail. La présidence française a dû faire face à deux événements imprévus : le conflit entre la Russie et la Géorgie au niveau diplomatique et la crise financière au niveau économique.

L’approche rationnelle avec laquelle le président français a su, malgré toutes ces adversités, mener les gouvernements des États membres vers les accords-clés de ce décembre, est pour moi une grande inspiration. C’est une raison de plus pour apprécier que ce soit Nicolas Sarkozy qui ait exprimé son soutien à la présidence tchèque, parallèlement aux représentants des institutions européennes et des États membres.

Nos rencontres se sont toujours déroulées dans une atmosphère amicale et très ouverte. C’est aussi grâce à cela que nous sommes parvenus à une entente sur le passage sans heurts de la présidence du Conseil de l’Union européenne et sur l’engagement de la France de continuer à co-présider l’Union pour la Méditerranée.

3. Comment la République tchèque procédera t-elle pour répondre aux défis de la crise financière ? Pourra-t-elle réussir, alors qu'elle n'a pas encore adopté l’euro ?

La République tchèque salue l’accord auquel sont parvenus les États membres de l’Union sous la présidence française. La crise financière et ses impacts doivent être résolus en mettant l’accent sur les règles économiques en vigueur (le Pacte de stabilité et de croissance) et en respectant les différentes positions des États membres. La présidence tchèque fera de son mieux pour maintenir la confiance dans l’économie du marché et promouvoir la réforme des institutions globales existantes (telles que le FMI). 

N’ayant pas encore adopté l’euro, la République tchèque est en mesure d’animer le débat actuel sans l’excès de passions. Nous ne sommes pas directement atteints par la récession qui a frappé la zone euro, mais nous ressentons ses impacts, notamment dans le domaine des exportations. Ainsi est-il également dans notre intérêt de trouver une solution commune.

4. Quelle est l’importance de la ratification du traité de Lisbonne pour la présidence tchèque ? Et comment percevez-vous, dans ce contexte, l’attitude critique envers ce traité de la part du président Václav Klaus ?

Le traité de Lisbonne continue son chemin vers la ratification : au niveau européen, sur la base des exigences de l’Irlande, le sommet a garanti à tous les États membres la souveraineté dans le domaine de la sécurité et de la politique fiscale. Ainsi, ayant refusé le traité sans ces garanties en juin 2008, l’Irlande est en mesure de réaliser un nouveau référendum, et ceci peut-être encore sous la présidence tchèque.

En République tchèque, la Cour constitutionnelle a statué sur six articles déposés par le Sénat et n’a constaté aucune incompatibilité entre le traité de Lisbonne et la Constitution de la République tchèque. Aussi a-t-elle relancé le processus de ratification dans les deux chambres du Parlement. La Chambre des députés devrait présenter son avis sur le traité dès le 3 février 2009. Le Parti démocratique civique (ODS), membre principal de la coalition, propose de donner priorité à l’adoption des traités internationaux relatifs au système de défense anti-missile des États-Unis.

Je ne pense pas que les opinions divergentes, voire ouvertement critiques sur le traité de Lisbonne puissent mener à un désastre – par contre, je suis convaincu que même les arguments des « avocats du diable » ne peuvent être que bénéfiques pour le débat sur l’avenir de l’Europe. Par ailleurs, les sondages montrent que les débats ouverts, qu’ils soient critiques ou non, ont un impact positif sur la perception du traité de Lisbonne.

5. Au cours de la présidence tchèque, une nouvelle administration sera inaugurée aux États-Unis. Le plan de construction du système de défense anti-missile en République tchèque et en Pologne connaîtra-t-il des modifications ? Même les États membres de l’UE ne sont pas unanimes par rapport à ce projet…

La nouvelle administration américaine apportera sans doute des modifications aux priorités dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité y compris des projets et opérations militaires. Toutefois, je ne pense pas qu’elle puisse changer dramatiquement le rôle joué par les États-Unis dans le contexte international actuel. 

Les membres du gouvernement de Barack Obama ont exprimé leur souhait de maximiser l’efficacité du système de défense anti-missile, ce qui est également dans l’intérêt de la République tchèque. En outre, une nouvelle argumentation pourra contribuer à convaincre de l’utilité du projet la partie encore indécise du public et de la scène politique tchèque et européenne, et à dissiper les craintes de la Russie. J’estime que l’attitude adoptée par Moscou qui menace de déployer des missiles à Kaliningrad et de les pointer sur les bases tchèque et polonaise si le système de défense est achevé, est un acte d’intimidation injustifiée.

Au sommet de décembre, les États membres de l’Union européenne ont constaté à l’unanimité que les menaces globales identifiées en 2003 dans la Stratégie européenne de sécurité sont toujours d’actualité, et de nouveaux risques émergent. La coopération dans le domaine de la défense doit nécessairement se réaliser au niveau international. Par ailleurs, parmi les membres de l’Union, 21 sont en même temps membres des l’OTAN, qui s’est engagé de construire un « bouclier antimissile » en Europe il y a déjà quelques années.

6. Quelle importance les Balkans occidentaux auront-ils pour la présidence tchèque en termes de priorité ?

Les Balkans occidentaux constituent, pour des raisons géographiques et historiques, une priorité naturelle de politique étrangère tchèque et, par voie de conséquence, de la présidence tchèque : nous souhaitons contribuer à l’avancement en particulier des négociations d’adhésion avec la Croatie et en même temps soutenir la poursuite de l’intégration des autres États de la région. Tout dépendra de l’état de préparation de ces États et de la vitesse à laquelle ils parviendront à s’intégrer aux structures européennes. La République tchèque estime que seule une nouvelle intégration est susceptible de renforcer la fragile stabilité de cette région.

La République tchèque, de même que de nombreux autres États de l’Union, a reconnu l’indépendance du Kosovo – les mêmes règles que celles applicables à tous les autres États, lui étant désormais également opposables ; le 9 décembre 2008 a finalement été initiée, après moult difficultés, la mission civile européenne EULEX que nous voulons rendre aussi efficace que possible.

7. Quelle est la force du mandat du gouvernement tchèque dans le cadre de la présidence alors que les forces sont équilibrées au Parlement tchèque et que les élections au Parlement européen sont pour bientôt ?

La coalition gouvernementale et le parti le plus puissant de l’opposition font preuve d’une réelle volonté pour s’entendre et faire en sorte que la présidence se déroule tranquillement – pour qu’elle ne soit pas l’otage de la lutte politique et puisse être une réussite. L’élément clé en ce moment est l’accord sur le traité de Lisbonne et le système de défense anti-missile. Il est maintenant dans l’intérêt des deux partis de résoudre également les questions techniques – par exemple celle du mécanisme de « compensation » de l’absence d’un ministre également député lorsqu’il ne peut siéger à l’assemblée du fait de ses obligations ministérielles.

Les élections au Parlement européen impliquent que la présidence tchèque ne dispose que de trois mois pour coopérer en pratique avec les eurodéputés à la production législative. Conformément à la résolution prise à l’occasion du sommet de décembre, tombe par ailleurs au cours du premier semestre 2009 l’élection du président de la Commission européenne. Nous avons donc adapté le programme de notre présidence à ces éléments, et les présidents du Parlement européen et de la Commission européenne ont exprimé leur accord sur celui-ci.

8. Le slogan de la présidence tchèque a suscité des réactions contradictoires, vous y attendiez-vous ?

Le slogan « Nous allons adoucir l’Europe » devait surtout attirer l’attention du public tchèque sur la présidence du Conseil de l’Union européenne, ce à quoi nous sommes parvenus à en croire les retentissements dans les médias.

En tchèque, ce slogan donne une impression de confiance, ce qui n’est toutefois pas si évident dans d’autres langues ; le jeu avec le morceau de sucre, qui accompagne ce slogan, est en revanche pour sa part compréhensible dans le monde entier : les personnalités reconnues sur la scène internationale qui figurent dans cette partie de la campagne rappellent que le morceau de sucre est un produit tchèque traditionnel qui s’est imposé sur tous les continents, et qu’aujourd’hui encore notre pays a beaucoup de choses à offrir.

Les traductions anglaises de ce slogan, allant du sévère « We will give Europe a taste of its own medicine » à la traduction presque trop littérale « We will make it sweet for Europe » se devront en tout état de cause s’adapter également à la deuxième partie de la campagne dans laquelle le slogan d’origine prend une nouvelle signification, incontestablement positive

9. La présidence tchèque a rendu publiques ses priorités, mais tardé à présenter son programme détaillé, pourquoi ?

Le programme détaillé d’une présidence n’est en général pas rendu public trop longtemps à l’avance. Si la République tchèque l’avait communiqué alors que l’Union européenne était toujours sous la direction de la France, un tel comportement n’aurait pas été correct et selon moi pas non plus judicieux ; si l’ont veut que les présidences s’appuient les unes sur les autres, alors chacune doit travailler sur la base de ce que la précédente a préparé.

Le gouvernement tchèque a inclus dans son programme tant les politiques à long terme que les besoins actuels des vingt-sept. Nous considérons le sommet de décembre comme un pont solide pour un passage de relais fluide entre les présidences française et tchèque.

En liaison avec la préparation des priorités et du programme détaillé il est toutefois nécessaire de rappeler que le pays assurant la présidence doit être prêt à gérer également les changements de dernière minute imposés par la survenance d’évènements imprévus – comme le conflit entre la Russie et la Géorgie ou encore la crise financière l’ont d’ailleurs clairement montré au cours du dernier semestre.

10. Dans quelle mesure la République tchèque est-elle prête techniquement et administrativement à assumer la présidence ?

Le gouvernement tchèque a commencé à se préparer à la présidence dès 2006. Au niveau politique il s’est agi de formuler progressivement les priorités et d’harmoniser les intérêts nationaux et européens ; au niveau technique, d’assurer la disponibilité des capacités en termes administratifs et organisationnels.

La République tchèque en 2007 a investi 200 millions de CZK dans les préparatifs, puis 900 millions en 2008, et pour la présidence en elle-même prévoit la somme d’un milliard de CZK. Un autre milliard et 400 millions de CZK ont été mis à disposition des différents ministères – cette somme incluant également les frais que la République tchèque aurait de toutes façons alloués à l’agenda européen, le budget de l’État n’ayant dans ces conditions pas été trop affecté.

Plus de 1 500 personnes seront impliquées dans le déroulement de la présidence, capables d’utiliser professionnellement la langue anglaise et, dans certains cas également la langue française. Environ 400 emplois temporaires ont été créés, dont le terme arrivera à échéance avant la fin de l’année 2009. Une telle démarche a été mise en œuvre également pour les postes à la représentation permanente à Bruxelles où le nombre d’employés a été doublé, passant de 110 à 220. La préparation de certaines réunions, y compris ministérielles, a également impliqué la collaboration des régions tchèques où elles se dérouleront, et le ministère de l’Intérieur a adopté des mesures spécifiques pour assurer la sécurité de tous les participants.

 

 

Dernière mise à jour : 16.8.2011 15:57

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